Julien Allegre sculpteur

Je suis né en Arles en 1980. J’ai eu une enfance heureuse et sereine : l’école ne s’est pas intéressée à moi !

Ainsi, j’ai par défaut fait des études de mécanique ; si tel était le prix à payer pour être libre, j’allais finir mes études et trouver du travail pour acquérir mon autonomie. J’étais un adolescent plutôt curieux qui se fiait à son instinct et qui avait un besoin profond de liberté. C’est sans doute ce qui m’a donné la volonté d’aller vers mes rêves, le goût pour le travail et la persévérance. Dans un premier temps, je m’investis avec beaucoup d’enthousiasme dans la musique, la batterie devient une passion.

À l’âge de 19 ans, je fis une rencontre déterminante : un artiste de Saint Rémy de Provence qui devint un modèle et surtout éveilla mes besoins de créer ; lui-même peintre et musicien, il me guida et me transmit ces deux vocations.

Je crois que les rencontres comptent beaucoup dans la vie.

Ainsi, après avoir exercé quatre ans la mécanique, je profitai d’une petite année sabbatique pour me découvrir dans la peinture.

A l’époque j’habitais Barbantane, un village non loin de Saint Rémy de Provence, mon petit atelier était mon refuge, je puisais au fond de moi mon inspiration et je nourrissais mes démons inassouvis en tapant sur ma batterie !

Je travaillais des couleurs terre ou ocres, creusais dans une matière mi-gesso mi-sable des formes et des signes.

Puis j’ai commencé à utiliser un fil de fer qui se transformait en figures humaines que je fixais sur mon tableau. C’est à cette époque-là, en 2001, que je découvris l’œuvre de GIACOMETTI lors d’une rétrospective à Beaubourg intitulée « Giacometti, la rage de dessiner ». J’ai eu un réel choc en voyant cette profusion de dessins, cette façon inéluctable d’approcher au plus près l’âme du sujet. Je voyais là un génie, je découvrais pour la première fois la force d’une approche artistique et captais ébloui, la passion débordante de cet individu. Cette rencontre m’a donné envie d’élargir mon champ de connaissances. Au cours d’un voyage au Sénégal en 2002, je découvris l’art du recyclage et l’œuvre d’Ousmane SOW.

Ce premier voyage a été déterminant dans ma façon de travailler.

 

En 2003, je fis la rencontre de Muriel Landerer, ma compagne. Originaire du Tyrol italien, une voyageuse dans l’âme qui a étudié l’histoire de l’art. Elle m’apporta beaucoup dans mon cheminement.

Au cours d’un voyage en Italie du nord, je plongeai dans une partie de la renaissance italienne avec fascination, les villes de Padoue et de Venise regorgées de fresques et de sculptures. L’art était peut-être un signe de richesse à l’époque, aujourd’hui, il est un patrimoine inexorable. C’est alors que, je commençais à travailler sur des plaques métalliques, souvent très érodées.

Je recousais leurs déchirures avec des tiges de brasures de bronze que je soudais, puis je dessinais sur le métal rouillé. Souvent, c’était le dessin que je lisais dans les accidents de la rouille qui me dictait le sujet, comme le font les enfants qui découvrent dans les nuages des monstres. Je commençais alors à me sentir très proche de la pensée de l’art brut, entendant par là un art spontané, sans prétention culturelle et sans démarche intellectuelle.

 

En février 2006, nous fîmes le tour du Maroc. Ce fut une rencontre culturelle et humaine riche; des ateliers d’artisans dans tous les coins de villages, l’architecture, les dessins berbères.

Des traces d’un passé dans tous ces ouvrages, des savoir-faire transmis au fil des générations et aussi la musique, toujours source d’inspiration pour mon imaginaire.

De retour je fis quelques dessins, cherchant encore comment retranscrire toute la richesse du monde que j’avais vu. Mais c’est le métal qui m’attirait plus que tout. J’assemblais de vieux bouts de métal rouillés, souvent des bidons tellement oxydés qu’on percevait à peine leur origine. Puis je retravaillais la figure humaine ou animale en rehaussant la structure de peinture.

Petit à petit le bidon s’est imposé dans mon travail, j’y trouvais un sens.

Comme pour les Nouveaux réalistes qui utilisaient les objets de la société pour en faire des reliques, des symboles puissants de la consommation, ce contenant renferme tout un symbole : l’or noir.

Le pétrole est à l’origine de la société de consommation et encore plus aujourd’hui du développement et des flux de la mondialisation. Au XXème siècle, aucune autre matière première, fût-elle très précieuse, n’a suscité autant de tensions, voire de guerres. Cette matière me parle autant qu’elle me déconcerte.

Je la détourne pour me l’approprier, je la rends sensiblement humaine et vivante. Au fil du temps, mon exigence envers une forme humaine plus réaliste s’est accentuée ; je travaillais avec plus de précision le métal, repoussant la matière, cherchant à le contorsionner pour apporter du mouvement.

 

En 2008, j’abandonnai complètement la peinture sur mes sculptures, j’apportai de nouvelles matières : le cerclage métallique.

Ces lignes me permettent de bâtir une ossature et de structurer mon volume dans l’espace. Puis vint l’utilisation de la brasure de bronze, une alternative pour colorer ma pièce ; cette matière brillante contraste avec la vulgarité du matériau pauvre qu’est le bidon. Elle maquille la pièce, masque sommairement cette origine souillée et belliqueuse.

 

Au cours de l’été 2008 je réalise ma première installation : les 12 chinois.

J’avais envie de parler des événements scandaleux qui avaient lieu au Tibet, l’armée chinoise attaquait les civils et les moines bouddhistes ; cette domination et cette violence déversée sur un peuple pacifiste me bouleverse. Intrinsèquement lié à cette prise de pouvoir grandissante, je me sens extrêmement préoccupé par les inégalités et les problèmes en lien avec l’environnement.

Sculpture de Julien Allegre - Les Chinois

 

Mes voyages au Maroc, en Thaïlande, au Vietnam et en Inde m’ont beaucoup fait réfléchir par rapport à ces questions. Nous ne sommes pas égaux malheureusement face à ce problème. Les pays d’Asie ou d’Afrique découvrent la consommation, ils sont si nombreux et leur fatalisme ne les amènera que très lentement vers une prise de conscience. Nous, pays riches, ne pourrons faire marche arrière que si des alternatives plus écologiques se substituent à notre petit confort pollueur et à nos habitudes corrompues.

Au travers des matériaux que j’utilise, j’espère transmettre avec humilité un message d’écologie. Je voudrais aussi dire que pour moi la beauté n’est pas forcément dans le neuf, le brillant mais qu’elle existe surtout dans un objet marqué par le temps ; que l’histoire et le passé sont tellement importants pour aborder l‘avenir. Je l’accentue souvent, ce marqueur de temps qui fait vivre la surface de mes pièces, fait entrer la vie et parler la matière.

 

Fin 2008, je commençai une nouvelle aventure avec le bronze.

Ce qui m’a surtout intéressé, c’était de partir d’un matériau inscrit dans notre présent, fondamental dans notre société actuelle, le baril, et de le transposer dans un matériau antique qui perdure depuis des milliers d’années. Cette matière m’attira aussi par sa musicalité : cette matière lourde émet une vibration bien particulière. De sa préciosité émane une notion d’intemporalité qui est aux antipodes de ma recherche sur les barils. Ce contraste comme un petit caprice ne me déplait pas. J’allais aussi découvrir l’alchimie des patines ; je développe une coloration personnelle, qui, je l’espère se rapproche de mon univers, faisant un affront à la connotation de préciosité du bronze.

La démarche du sculpteur plasticien Anthony GROMLEY, que j’admire profondément, a motivé mon passage au bronze. J’ai envie que mes pièces côtoient l’espace extérieur, que le temps joue avec. L’érosion de mes pièces ne me dérange pas, le temps apporte une dimension unique et esthétique au métal, mais la dimension de pérennité du bronze est poétique et exceptionnelle à mes yeux.

Début 2009, un voyage en Australie me fit prendre conscience de la richesse et de la beauté de la nature.

J’ai eu l’opportunité d’approcher cette matière qu’est le bois et travailler un élément naturel dans ce contexte s’imposait.  De retour, j’avais envie de pousser encore plus les possibilités avec le métal, explorant inlassablement toutes les facettes : filigrane, tissage, dentelle.

Puis, ces explorations réalisées, je suis revenu peu à peu à une sorte de plénitude, la naissance de mon fils m’apportant peut-être une envie de me surpasser et établir des contrastes et des rapports de force, comme dans la vie. Je travaille beaucoup, la nuit est un moment privilégié.

La contemplation et l’écoute, car je travaille en musique, me permettent de me détacher de cette matière qui m’enivre.

 

Fukushima 11 mars 2011, je crois que pour tout humain cet événement est la preuve que l’homme est une menace pour lui-même.

Je réalise quelques pièces pour nouer un lien avec le temps arrêté sur cette tragédie : la tête nipponne, baiser japonais, le nippon, blue pétrole.

Je ne crois pas pouvoir faire différemment de ce que je suis. De nature opiniâtre, j’aime aller au bout des choses. Même si le doute guette à ma porte, je veux continuer à chercher, à approfondir ce qu’il m’a été donné de commencer au travers de la sculpture et de la création en général.

 

Nous avons changé de lieu de vie et d’atelier à l’automne 2014 : cette perspective de déménagement n’est pas un petit effort en soit considérant la matière première que j’utilise.

Une année de grands changements car en plus de nous déplacer, la famille allait s’agrandir ; l’idée de savoir que le temps allait me manquer me donna un regain d’élan.

Cette année-là naissait dans mon petit atelier de 30 m carré et de 2 m 40 de haut à peine, des géants hommes fossiles.

Cette nouvelle matière décharnée m’a ramené à une forme primaire végétale et brute ; c’est alors pour moi une nouvelle voix que j’empruntais, elle m’aspirait littéralement et m’invitait à m’élever dans l’espace et à abandonner plus ou moins la représentation humaine. Cependant, comme si ces deux écritures été nécessaire et collait à mon identité, je continuais à travailler la matière colorée des bidons, toujours avec la même intensité : le Nippon par exemple.

Je commençais en parallèle à inscrire la barque dans mon travail comme tant d’autres artistes marqués par ces vagues de migrants traversant la Méditerranée, au péril de leur vie pour survivre à la misère ; j’ai exposé ce travail à la Galerie Danielle Bourdette et cette première collaboration m’a beaucoup grandi.

 

En 2015, l’année commence meurtrie Charlie.

Bien sûr, les jours abritent une certaine nausée, l’incompréhension rode mais la naissance de ma fille Melly en mai me fait avancer, je travaillais de plus belle le plus souvent la nuit.

Équilibre illusoire, que j’ai ensuite transposé en bronze incarnera pour moi cette fragilité de l’existence.  Un ami collectionneur me fit exposer à Heidelberg, en Allemagne et au Luxembourg.

Equilibre illusoire Julien Allegre Tirage Bronze 12 exemplaires

 

En 2016, le projet de construire un vrai atelier à Sablet aboutit.

Ce lieu m’apporta de nouvelles perspectives, je pouvais enfin m’adonner à des projets plus grands et cet espace fut aussi un apport d’énergie. L’atelier est comme une prolongation de l’esprit, il est l’espace des possibles, je reconnais avoir beaucoup de chance de posséder un si grand espace. Hommage à la Femme, le Nippon et Homs que je créais en réponse à la dure réalité des actualités en Syrie sont des sculptures importantes de cette période.

En juin l’exposition à la Galerie 22 me fit rencontrer des artistes qui comptent beaucoup dans mes relations, F. Guerrier, S Zanello et F. Valdelièvre ; amis d’acier et de passion.

Pouvoir échanger nos regards sur la création, sur nos façons de travailler, partager a toujours été important dans la musique mais tout autant dans la sculpture.

2017 fut une année bien chargée en perspective avec des expositions qui m’ont stimulé dans mon travail, trois expositions à la Galerie Danielle Bourdette de Honfleur, la galerie Claudine le Grand de Paris et la Galerie Christine Colon à Liège. J’ai aussi lutté corps et âme pendant la canicule à répondre à une commande qui n’aboutira pas, mais qui symbolise pour moi le besoin de liberté.

Rêve de l’Homme, pièce monumentale qui sera exposée à Vaison-la Romaine dans les fouilles romaines.

J’ai également été fière de collaborer à un projet sonore avec le compositeur guitariste Pierre Jean Gaucher, qui a enrichit mon travail. Nous avons travaillé sur la matière sonore que pouvait fournir mon atelier de sculpteur et il a composé un opus avec ces sons intitulé « les étincelles Hurlantes ».

La finalité a été la mise en scène devant un public ému de plus de 200 personnes dans mon atelier en juillet. J’ai aussi eu l’envie de créer un instrument de musique à l’échelle de l’atelier, un Hang « plus grand que nature ». C’est naturellement que j’ai demandé la collaboration à Eric Latour, ami musicien et facteur d’instrument de musique.

Voici la vidéo de cette représentation:


 

Suite à ces recherches, l’envie de poursuivre l’aventure sonore a germée.

En 2018 à Eygalières, dans les Alpilles j’ai eu la possibilité de créer une installation « L’onde de l’arbre » dans une chapelle, dans laquelle le spectateur se livrait à une déambulation sonore autour d’un arbre où lui-même devenait acteur et compositeur.

Voici une vidéo sur « L’onde de l’arbre »:

Cette installation m’a demandé beaucoup d’énergie étant dans une échelle et dans un mode opératoire inconnu : allier l’espace défini à un projet visuel mais aussi sonore était un défi à relever d’envergure, d’autant que les précédents artistes a l’avoir expérimenté dans ce même lieu ont été  S.Gueran et F.Guerrier, dont j’admire le travail.

Cette année-là l’on m’a proposé d’exposer au Petit Palais d’Avignon. Cette invitation s’est avérée au-delà de mes attentes En effet, je pouvais y exposer en résonance avec des œuvres datant du moyen-âge et de prime remplacer l’espace vide de sculptures qui avaient été prêtées et ainsi faire totalement écho avec ces chefs d’œuvres.

L’artiste M.Barcelo avec la force de son travail s’y était lui-même mesuré trois années auparavant lors de son exposition «Miramare».

Au cours de cet été une opportunité liée à une rencontre encore et à un bel échange, m’a offert le privilège qui marquera ma vie d’artiste certainement.

J’ai pu visité le monument d’Anselm Kieffer de Barjac, un espace muséal d’une dimension pharaonique sur plusieurs hectare. Une chose incroyable qui surgira au jour prochainement.

C’était puissant, cette force incroyable, cette création purement gratuite offerte à nos yeux était bien la preuve que l’art avait une importance historique, elle marque notre époque.

Cette échelle démesurée montrait aussi à quel point nous vivons dans une époque du gigantisme, cette mise en scène de l’œuvre de Kieffer part lui-même m’a complètement bouleversé.

 

Partir à l’aventure et revenir un peu grandit, voilà ce que nous avons entreprit pendant un mois dans le sud de l’inde avec nos deux enfants de 3 et 9 ans, en février 2019.

De retour cela a tout de même été difficile de se remettre au travail, mais les échéances d’expositions m’ont toujours stimulées je dois reconnaître.

Julien-Allegre-Jardin-des-Arts-2019 Julien-Allegre-Jardin-des-Arts

 

Cette année-là j’ai eu la chance de collaborer avec le monde viticole. Le Domaine Jean David de Seguret et le Domaine Charol m’ont proposé des projets et j’ai exposé dans les domaines prestigieux au Domaine OTT de Taradeau dans le Var et au Domaine du Vieux Télégraphe de Château neuf du Pape. J’y ai notamment présenté mon travail d’impression sur filtre à vin, que j’avais mis en place depuis quelques mois.

1440_exuvie Sculpture de Julien Allegre Domaine OTT Sculpture Julien Allegre credit photo Colasstudio

Credit Photo: Colastudio

Sculpture acier Julien Allegre

 

J’ai eu le bonheur de participer à l’exposition de la Villa Datris cette année-là et de vivre de beaux retours suite à cette exposition.

Sculpture monumentale de Julien Allegre

 

Les rencontres sont si importantes pour les artistes et surtout le soutien des collectionneurs fidèles. Je dois dire que je suis chanceux d’avoir beaucoup de personnes qui croient en mon travail.

J’ai exposé à la Galerie Danielle Bourdette et à la Galerie Christine Colon cette même année.

Enfin, j’ai aussi participé au Salon parisien Art Élysée au travers de la galerie Art Jingle.

Ce salon auquel je rêvais d’exposé un jour.

Toute l’énergie déployée cette année avait été récompensée par de bons moments, des rencontres avec des amis sculpteurs, musiciens et des nouveaux collectionneurs et tant d’autres, sans oublier ma famille si chère.

 

Une question, un devis ?

Me contacter
Contacter sur Messenger Antoine Jourdan